A propos

[…] Me voilà en 62,63,64. J’ai un magnétophone sur une table et je laisse sortir de moi une mèche enflammée qui s’enroule sur des bobines. Je suis à Lacoux. Mes paroles s’inscrivent et peuvent m’être rendues. Ce sont des mots, écrits dans ma langue, avec mon souffle. C’est sur ma scène que je bouge, c’est la voix de chacun qui va sortir. Je me découvre, comme je me suis découvert avec du papier mais il y a une différence. Au commencement de cette corde tirée hors de moi, c’est le son, la couleur de la voix, la musique. Ça change tout. Ce n’est pas moins ni plus, c’est une autre terre, matière, ça porte du sang. Pourtant, le dessin draine, lui aussi, du sang. Je vis ces mois de parole comme un homme ivre qui ne peut s’arrêter. J’ai déchiré quelque chose que je verrai plus tard…

Cécile ne comprend pas toujours ce qui me fait rester dans le grenier de la maison de Lacoux. Pour un peu (dans le début, car ensuite ça s’arrondira, ça se calmera), je dormirais là-haut et, ainsi, j’aurais la touche à portée de mon doigt pour l’enfoncer dès mon éveil… Le jour où je lui en ferai entendre des bouts, elle pleurera. C’est alors elle qui achètera des cassettes. Elle me fournira ma nouvelle drogue.

Il y avait une boule dans ma vie. Elle devait contenir une totalité. La faire venir, s’en approcher sans brusquer. Tout s’en trouvera déplacé. Les mots écrits auront la teinte des paroles prononcées ; les traits dans le dessin seront marqués par ce qui cavale dans ma tête. Je ne suis pas devenu une charrette emballée mais un type qui a compris qu’il joue sa seule carte… […]

Fred Deux / Terre mère, Journal 1997-1998 / André Dimanche Éditeur.

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